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Quévreville-la-Poterie (France), le
18 mars 2008
Le crabe…
Tu sais combien j’avais peur de les attraper au bord
de la mer ces petites bêtes qui courent et qui pincent… Je voulais te dire
que j’ai finalement laissé l’un d’eux pénétrer mon corps, se placer dans ce
sein que tu as tant caressé… ce sein qui n’aura jamais été nourricier pour
mes enfants, ce sein qui ne servait qu’à confirmer ma féminité, ce sein qui
m’admettait dans le clan des femelles de la famille…
Insidieuse, cette petite bête qui me rappelle tant la
mer, le bord de la mer, le vent, la pluie, la tempête, le bruit des vagues,
les marées hautes et basses, est en moi… Mon cœur chavire d’angoisse, de
peur, Marie haute et Marie basse, j’ai bien du mal à garder le moral, mes
yeux errent, se figent sur l’avenir proche et puis l’après… Je n’écoute
plus, je n’entends plus, je suis saoule et seule avec ce nouvel habitant… Le
temps s’est arrêté jusqu’à quand ?
Je t’en supplie Jean Phi, même si tu m’attends, même
si tu me veux… je t’en supplie, laisse-moi ici-bas, où je sais que déjà une
petite princesse va naître au début de l’été… je veux l’aimer, je veux la
porter, de ce côté malade… Laisse-lui la place, toi que je porte en moi
depuis ces neuf mois, le temps qu’il m’aura fallu pour engendrer ce mal, ce
cancer… J’accouche tout simplement de ce cancer qui me ronge depuis ton
départ… Protège-moi, je veux vivre, tellement vivre encore et encore…
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