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Joliette (Québec), le
5 novembre 2007
Bonjour,
Je vous écris aujourd'hui pour raconter comment moi,
Jessie 17 ans, j'ai vécu la mort de père décédé en décembre 2006 alors que
je n'avais que 16 ans. Premièrement il est certain que mon âge influe
beaucoup sur mes réactions, sur mes peurs et sur mes angoisses puisqu'à ce
moment de ma vie je ressens encore le besoin de me sentir épaulée par mon
père.
J'étais très très proche de mon père. Il m'a eu
lorsqu'il était âgé de 50 ans. Le jour de ma fête de 6 ans, mon père a fait
un infarctus devant moi et a nécessairement dû se rendre d'urgence à
l'hôpital. Lorsqu'il est arrivé, il était cliniquement mort mais les
médecins sont parvenus à le réanimer en quelques secondes seulement. Malgré
tout, j'étais restée avec ce sentiments profond d'incertitude du lendemain
même si je n'avais alors que 6 ans. Ce jour-là, j'ai vécu un traumatisme,
mais au bout de quelques années, mes peurs se sont estompées.
Quelques années plus tard, lorsque j'avais 11 ans, mon
père a fait un grave arrêt respiratoire suite à une déchirure musculaire et
ce n'est que quelques heures plus tard que ma mère l'a retrouvé couché sur
la table, tout bleu. Elle a donc appelé une ambulance et ils ont une fois de
plus réussi à me ramener mon père sain et sauf.
C'est au mois de décembre 2006 que tout s'est
finalement effondré. C'était un lundi soir, le 11 plus précisément. Ma mère,
ma sœur et mon jeune neveu s'étaient absentés pour aller faire des courses
de Noël. Des amis sont arrivés chez moi et j'ai décidé de m'en aller pour
quelques heures. J'ai dit au revoir à mon père qui dormait sur le sofa et il
a murmuré quelque chose que je n'ai pas compris... je me questionne toujours
sur ce murmure puisque je n'aurai jamais su de quoi il s'agissait. Est-ce
qu'il a voulu me dire qu'il ne se sentait pas bien, qu'il voulait que
j'appelle une ambulance ou a-t-il tout simplement grogné en dormant ? Je
n'en sais rien. Alors je suis partie a 19h30... je suis revenue a 12h00 et
j'ai remarqué que ma mère était toujours assise dans le salon... habillée !
Je me suis empressée d'entrer et j'ai vu les choses de mon père dans un sac
d'hôpital, la lumière de sa chambre et la porte ouverte. J'ai compris que
quelque chose n'allait pas mais encore là je croyais qu'il avait eu un
malaise car mon père souffrait d'emphysème et, comme je l'ai mentionné plus
haut, de troubles cardiaques. Alors jamais je ne me serais attendue au fait
qu'il soit mort quoique j'étais très inquiète car ma mère ne cessait de
pleurer et de me répéter de m'asseoir. C'est à ce moment qu'elle m'a appris
qu'il était mort suite à un anévrisme de l'aorte du cœur. Les secondes qui
ont suivies, je ne m'en rappelle pas. Je n'entendais plus rien, je ne voyais
plus rien... je criais. Je suis partie en courant dans le bureau de mon père
et j'ai pris son téléphone cellulaire. Je suis partie en courant dehors sans
tenir compte de ce que ma mère me disait et j'ai appelé ma meilleure amie
pour qu'elle s'en vienne. Le lendemain, j'avais rendez-vous chez mon médecin
et lorsqu'il a pris ma pression il fut étonné car vu le fait qu'elle était
plus qu'excessivement basse il ne comprenait même pas que je sois encore
consciente. Ma tante qui m'avait accompagnée lui a alors expliqué que mon
père était décédé à peine 24 heures plus tôt. Il m'a alors prescrit des
somnifères et des antidépresseurs. Pour les somnifères je comprenais mais
pas les antidépresseurs, alors j'ai questionné mon docteur et j'ai été très
surprise de voir que tous les médecins pensaient comme lui : « Mademoiselle,
un deuil c'est une dépression ! » Je comprends que les symptômes soient
semblables mais je ne considère tout de même pas que je suis en dépression.
Je n'ai pas dormi pendant 4 jours consécutifs, alors je me suis résignée à
prendre mes somnifères mais jamais je n'ai pris les antidépresseurs.
Ensuite, la cérémonie au salon funéraire ainsi qu'à l'église ont eu lieu...
je ne m'en rappelle même plus. J'ai arrêté d'aller à l'école pendant près de
2 mois... même si j'avais voulu, je n'aurais pas été capable d'affronter le
regard de pitié que les gens avaient en me regardant.
Me voici... près d'un an suite au décès de mon père.
Je vais avoir 18 ans dans moins de 4 mois et je me demandes toujours comment
je pourrai me passer de lui. Ma sœur qui a 11 ans de plus que moi a un
enfant et elle m'a dit qu'il était certain que pour elle il était plus
facile de surmonter la mort de notre père car elle avait désormais sa propre
famille. Mais moi ma famille c'était lui et ma mère. Maintenant je ne l'ai
plus dans ma vie et ma mère est au bord de la dépression. J'ai aussi été
hospitalisée à quelques reprises pour des problèmes rénaux, musculaires et
artériels. Je dois avouer que ça ne m'a pas beaucoup aidé...
J'essaie toujours de remonter la pente mais même au
bout d'un an j'en suis incapable et mes relations avec les autres en
souffrent puisque je vis énormément d'insécurité face à mes lendemains...
Voilà mon témoignage, simplement de la manière que je
l'ai perçu et avec toute sa véracité et sa douleur.
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