Cantal
(France), le
5 février 2007
Depuis plusieurs mois, j’avais l’impression que tout me souriait.
Après une adolescence difficile due au décès à 15 ans de mon grand frère
handicapé depuis l’âge de 3 ans, j’ai décidé de prendre ma vie en main et
de pousser le destin à bien vouloir m’apporter de bonnes choses. Je
rencontre un homme formidable, je termine mes études, obtiens mon diplôme
et trouve du travail rapidement. Puis je quitte le domicile familial pour
m’installer avec mon ami.
Je
me sentais tellement heureuse, tout se déroulait comme je le souhaitais,
j’avais l’impression d’être gâtée par la vie.
Le
15 novembre, je décide d’organiser un petit repas entre amis pour fêter
l’anniversaire de mon copain, la soirée se passait à merveille. Après le
départ de tout le monde, je pars me coucher lorsqu’une crise d’angoisse me
prend, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait et je n’ai pas réussi à
m’endormir. Je décide de me lever à l’aube, je me préparais à aller
rejoindre une amie pour une journée de shopping pour me changer les idées
sans comprendre d’où venait ce mal.
À
8h, mon téléphone sonna, ma mère m’appelait pour me dire que mon petit
frère Guillaume avait eu un malaise, elle l’a retrouvé inconscient dans sa
chambre avec du sang sur le visage, les pompiers devaient arriver et mes
parents ne comprenaient pas ce qui se passait. Ma mère me rappelle une
heure plus tard et m’annonce que mon frère devait être transporté en
hélicoptère à l’hôpital. Je décide d’aller chez mes parents, en arrivant
chez eux, je demande à mon père ce qui se passe, il me répond : « Ton
frère s’est tiré une balle dans la tête ».
C’est à ce moment-là que tout s’est effondré, je n’arrivais pas a réaliser
qu’il ait pu faire ça, je ne comprenais plus rien. La gendarmerie est
arrivée, puis la police judiciaire, les interrogatoires, les relevés
d’empreintes, les tests d'ADN et nous ne savions pas comment allait
Guillaume. Nous avons appelé l’hôpital toutes les demi-heures ; à chaque
appel, on entendait : « Il est encore en bloc opératoire, on ne peut pas
se prononcer ». On a su à 20h que les docteurs ne pourraient se prononcer
qu’après 72 heures, que nous ne pourrions le voir que le lendemain de 14 à
15h au service de neuro-réanimation à l’hôpital situé à 150 km.
Le
lendemain à l’hôpital, le docteur nous annonça que son état était très
grave et qu’on devait s’attendre à une mauvaise nouvelle d’un instant à
l’autre. Au fond de moi, je gardais l’espoir de le revoir sourire et
parler avec moi, nous étions très complice et je ne pouvais pas imaginer
que sa vie puisse s’arrêter à 17 ans. Tous les jours, je restais à son
chevet, je souhaitais qu’il se réveille de son coma et qu’on reparte
ensemble. Seulement, au bout de cinq jours, c’était fini.
Je
me revoyais 8 ans en arrière auprès du corps de mon grand frère. Pourquoi
ça devait recommencer ? Une épreuve tout aussi terrible m’attendait, les
obsèques, je ne voulais pas qu’il parte. Plus de 600 personnes ont assisté
à ses obsèques et ça m'a réellement déchiré le cœur de voir tout ce monde
partager notre peine, tous ses amis, tous ces gens qui le pleuraient,
toutes ces personnes qui se sont recueillies sur son cercueil.
Cela fait 3 mois qu’il est parti et j’ai l’impression que cette douleur
est de plus en plus forte. J’ai décidé de ne pas chercher à comprendre son
geste mais je donnerais tout pour pouvoir revenir en arrière, être avec
lui et l’aider.
En
plus de la douleur, mes parents sont victimes de médisances. Ils vivent
dans un village où les commérages vont bon train et sont au centre de
toutes les discussions. Les rumeurs racontent que ce n’était pas un
suicide mais un meurtre commis par mon père. Notre vie est devenue
tellement vide et sans aucun sens.
Je
sais évidemment que je ne suis pas la seule malheureuse mais je ne sais
pas à qui en vouloir pour cette vie, cette vie qui m’a enlevé mes frères.
Nous étions 3 frères et sœur, je me retrouve fille unique. C’est
accompagnée de larmes que je me confie dans l’espoir qu’à 22 ans, j’ai
assez vécu de malheurs pour le reste de ma vie.
Angie

début