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Sion (Suisse), le 21 mars 2009
J’ai l’impression de vivre un cauchemar. Mon père est
malade depuis de nombreuses années (BPCO). J’ai en quelque sorte du prendre
sa place au niveau administratif. Je me suis sentie parent fiée assez jeune.
Je me sentais de le protéger, de faire au mieux, qu’il soit le mieux
possible. Mais durant toutes ces années, je n’ai jamais pensé réellement à
la mort. Étant infirmière, je pensais pouvoir tout prévoir et surtout
trouver des solutions à tous ses maux. Mais j’ai échoué.
L’année passée, on a diagnostiqué un cancer ORL au
stade initial à mon père. Nous avons décidé après diverses discussions de le
faire opérer. Tout s’est bien passé, mais dans la nuit il a fait un arrêt
cardio-respiratoire. Je pense que le manque d’oxygène a du jouer un rôle
dans sa convalescence. Il n’était plus le même. Je n’arrivais plus à lui
donner la hargne de vivre, de se battre pour ses petits enfants, de vivre
encore plusieurs années auprès de nous. Je me suis petit à petit épuisée,
j’étais toujours en colère avec lui. Je m’en voulais de ne pas trouver les
mots justes. Je ne savais plus quoi faire. Mais jamais je n’avais pensé à
cette issue.
Malheureusement, mon père pensait être en sécurité à
l’hôpital. Je me suis trouvée par le fruit du hasard à l’hôpital la veille
de son décès. J’ai fait un foyer pulmonaire avec une pleurésie.
Je me vois encore le matin en apprenant la nouvelle.
J’ai cru qu’un 40 tonnes m’était passé sur le corps. Moi si contrôlée, je ne
savais plus où j’étais. Je me croyais dans une autre dimension. Je voulais
le voir. Le voir, le toucher, ne plus le laisser seul. Je me sentais si
démunie, si lamentablement lâche de ne pas avoir été là. Il a dû mourir
seul. Ou peut-être ne voulait-il pas de nous, nous infliger ce départ ? Je
ne sais pas…
J’ai pris mon courage à deux mains et je n’ai pas pu
me mettre par terre à pleurer, pleurer, pleurer. Je veux vivre mon deuil de
fille. Ne pas être toujours la plus forte, la plus brave, je veux qu’on me
berce, je veux mon papa…
Je me sens si démunie, une douleur si forte, si
diffuse. Une déchirure morale. Une plaie béante dans mon cœur. Une envie de
lui demander pourquoi il nous a laissés. Après tout ce que j’ai fait pour
lui. Il n’avait pas le droit de nous laisser. De me laisser… que vais-je
faire sans lui… sans ses manies… ses envies multiples comme les enfants du
dernier jouet à la mode… de ses bricolages à la Mag Gyver… de ses fils et
aiguilles… même de ses cigarettes, sa maîtresse envers et contre tout...
Il a préféré la cigarette à sa famille, à moi, à mes
enfants. Je ne pouvais l’accepter qu’il se détruise, qu’il se laisse aller.
Lui si près de son hygiène, de son apparence, il se laissé aller. Mais
pourquoi ? qu’avait-elle plus que nous ? tu nous l’as pris et maintenant on
se sait plus quoi faire.
Je ne pensais après le choc de ta mort être toujours à
tes côtés. Je me levais le matin, je venais te voir à la crypte. Te savoir
encore seul me déchirait le cœur. Quant on a fermé le cercueil… j’ai
vraiment compris que je n’allais plus te revoir sur cette terre et là je me
suis sentie tombée dans le néant. Comment vais-je faire sans toi ??? je me
sens si déboussolée. Je n’ai plus de repères. Nous vivions une vie
tranquille au fil de tes hospitalisations, tes caprices, tes bronchites….
Mais nous étions unis. Et maintenant, un pilier n’est plus. Comment se
reconstruire ?
L’abandon. Quel mot horrible. Tout le monde dit avec
le temps, mais entre-temps que c’est dur. Je suis molle, triste, et seule
avec ma douleur. Je voudrais pleurer, mais des fois mes yeux n’ont plus de
larmes. Je pleure peut-être toutes ses années de galères et de combat face à
la maladie. Je me sens battue, vaincue…
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