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Ils ne nous quittent pas
Monseigneur Bougeaud
Évêque d'Angers
La grande et triste erreur de quelques-uns, c'est de
s'imaginer que ceux que la mort emporte nous quittent : ils ne nous quittent
pas, ils restent.
Où sont-ils ? Dans l'ombre ? Oh non, c'est nous qui
sommes dans l'ombre. Eux, sont à côté de nous, sous le voile, plus présents
que jamais. Nous ne les voyons pas, parce que le nuage obscur nous
enveloppe, mais eux nous voient. Ils tiennent leurs beaux yeux pleins de
lumière arrêtés sur nos yeux pleins de larmes. Ô consolation ineffable, les
morts sont des invisibles, ce ne sont pas des absents.
J'ai souvent pensé à ce qui pourrait le mieux consoler
ceux qui pleurent. Voici : c'est la foi en cette présence réelle et
ininterrompue de nos morts chéris ; c'est l'intuition claire, pénétrante,
que, par la mort, ils ne sont ni éteints, ni éloignés, ni même absents, mais
vivants près de nous, heureux, transfigurés, et n'ayant perdu, dans ce
changement glorieux, ni une délicatesse de leur âme, ni une tendresse de
leur cœur, ni une préférence de leur amour, mais ayant au contraire, dans
ces profonds et doux sentiments, grandi de cent coudées.
La mort, pour les bons, est la montée éblouissante
dans la lumière, dans la puissance et dans l'amour.
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