Quand un proche meurt, le deuil s’immisce dans la vie et peut devenir envahissant. Des questions surgissent chez les endeuillés qui vivent des situations pénibles et inhabituelles, ce qui augmente leur sentiment de vulnérabilité : Je n’ai plus le goût de manger, j’ai souvent la larme à l’œil, je me sens coupable. Suis-je normal ? Le deuil rend-il malade ? Ne paniquons pas, un deuil peut se compliquer temporairement sans devenir pathologique.
Le deuil n’est parfois pas aussi simple qu’on l’imaginait ou touche des aspects inattendus de notre vie. Tous s’attendent à de la tristesse, de la perte d’énergie, un peu de culpabilité. Un deuil, c’est souffrant. Ses manifestations sont récurrentes, ce qui est tout à fait prévisible. Le deuil affecte les sens, l’intelligence, les émotions et la vie spirituelle à des intensités variables selon les personnes. Ainsi, l’endeuillé est triste et se sent coupable de ne pas avoir été presque parfait avec la personne décédée. Il se questionne pour comprendre les circonstances du décès et cherche le sens de la mort en confrontant ses croyances.
Le processus normal de deuil parfois mis au défi
Des circonstances inhabituelles de décès viennent exacerber l’un ou l’autre état de deuil. Le suicide suscite maintes questions sans réponses, la mort violente ou le meurtre crée un choc effroyable ou une insécurité prolongée, le décès de l’enfant se vit comme une injustice, le décès par overdose crée une onde de honte… Ces deuils sont plus compliqués à traverser, mais n’en deviennent pas pour autant pathologiques.
Des éléments liés à la personnalité de l’endeuillé, à sa relation avec la personne décédée, sont des indicateurs précieux pour comprendre qu’un deuil soit vécu difficilement. Du côté personnalité, une personne dépressive ou une autre qui a tendance à s’isoler, étant elles-mêmes plus fragiles ou ayant peu de soutien autour d’elles, auront plus de difficulté à surmonter le flux d’émotions. La proximité entre décédé et endeuillé (mari, enfant, etc.) explique souvent l’intensité de la souffrance, d’autant plus si la relation était une relation fusionnelle. Des problèmes non résolus, connus ou tacites, entre le défunt et les endeuillés exacerbent aussi le deuil. Tout comme des circonstances où l’endeuillé est impliqué dans le décès, par exemple un accident de voiture où il conduisait.
Recourir à du soutien pour mieux vivre aujourd’hui et demain
Oui, des éléments exacerbent le deuil de façon aiguë et mieux vaut avoir accès à du soutien autour de soi. Si le deuil devient pathologique, le recours à un professionnel s’impose. Un deuil pathologique est plus grave qu’un deuil compliqué. Il peut toucher la santé physique et la santé mentale. Quand l’appétit et le sommeil sont trop fortement et trop longtemps perturbés, la santé physique se fragilise. Quand la culpabilité mène vers les pensées autodestructives, quand la tristesse devient dépression profonde prolongée, quand la colère n’est plus contrôlable, mieux vaut demander l’aide d’un professionnel.
Il existe diverses formes de soutien : celui de nos proches ou d’amis, celui d’organisations funéraires ou communautaires animant des groupes d’endeuillés comme le font des coopératives funéraires, celui de professionnels auxquels il vaut mieux recourir en situation de deuil très complexe et de deuil pathologique.
Demander du soutien ou de l’aide, c’est faire un pas de plus vers une vie où l’on apprend à vivre avec le deuil et poser les jalons de lendemains plus heureux.
_______________
Lucie Fréchette, docteure en psychologie, professeure émérite de l’Université du Québec en Outaouais, membre du CA de la Coopérative funéraire du Grand Montréal.